La cathédrale de Strasbourg : Travaux et interventions en 2025

La conférence présente un panorama des principaux chantiers, études et actions de conservation menés autour de la cathédrale au cours de l’année 2025, en insistant sur la complémentarité entre création contemporaine, restauration patrimoniale, entretien et innovation technique.

Elle s’ouvre sur la réalisation d’un nouveau mobilier liturgique, un autel,  installé dans la chapelle Saint-Laurent, fruit d’une collaboration étroite entre la Fabrique et l’Œuvre Notre-Dame. Constitué de quatre panneaux sculptés supportant une table en grès massif, cet ouvrage a nécessité un travail considérable en atelier, mobilisant environ 2 500 heures de taille de pierre entre mars et septembre 2025. La difficulté résidait dans la finesse extrême des éléments, qu’il fallait façonner sans les fragiliser. Les intervenants soulignent d’ailleurs que la précision des assemblages rapproche ce travail de la menuiserie, avec des systèmes dissimulés assurant la stabilité de l’ensemble.

La pose dans la chapelle a constitué une étape particulièrement délicate. L’installation a nécessité la dépose du dallage pour asseoir la structure sur la dalle béton (datant d’une intervention sur la structure dans les années 1970). Le montage des panneaux, leur liaison par des éléments transversaux coulés au plomb, puis surtout la mise en place de la table d’autel — un bloc de près d’une demi-tonne — ont représenté des moments de forte tension. La descente de la pierre, millimètre par millimètre, devait garantir un contact parfait avec son support. L’opération réussie marque l’aboutissement d’un chantier à la fois technique et symbolique. Ce projet a par ailleurs été suivi par une équipe de télévision, et un reportage sera diffusé en 2026.

La conférence se poursuit avec les travaux de restauration du portail Saint-Laurent, chantier engagé en 2021 et devant s’achever en 2026. Du côté de l’Œuvre Notre-Dame, les interventions ont porté sur la sculpture, la taille de pierre et la conservation. Après la dépose des groupes sculptés pour un traitement en conservation en atelier, leur remise en place a été accompagnée de greffes très fines destinées à compléter les éléments manquants pour la lisibilité de l’iconographie, certaines pièces ayant été fixées par des coulages au plomb d’une grande précision. Parallèlement, les parties hautes de la façade ont été finalisées à l’exception de trois éléments qui viendront compléter l’ensemble au courant de l’année 2026.

Des actions de conservation importantes ont également été menées. Le soubassement du portail, fortement exposé aux pollutions urbaines et aux sels, a fait l’objet d’un dessalement par compresses, suivi d’un nettoyage, notamment à l’aide d’un laser, permettant de retrouver la lisibilité des décors. Un nouveau dispositif de protection contre les volatiles a été installé, privilégiant des filins discrets afin de ne pas altérer la perception visuelle des sculptures.

Les interventions pilotées par l’État viennent compléter ce travail. Le chantier du portail répondait en effet à des problématiques sanitaires graves, liées notamment à des infiltrations d’eau causées par un système d’évacuation défaillant mis en place dans les années 1960. Une part essentielle des travaux a donc consisté à revoir entièrement la gestion des eaux pluviales : élargissement du chéneau, réfection des couvertures en plomb et en cuivre, reconstruction de pentes protectrices. Des opérations annexes ont été menées dans les espaces environnants, notamment sur des toitures défectueuses, des menuiseries et des ferronneries, dans une logique d’intervention globale visant à traiter l’ensemble des désordres d’un même secteur.

La restauration de la coupole, engagée sur cinq ans et achevée en 2025, constitue un autre point fort. La fin du chantier a été marquée par une difficulté imprévue : la présence de colles utilisées de manière non conforme lors de l’installation de l’échafaudage. Leur retrait a nécessité l’intervention de spécialistes, capables de mettre au point des protocoles de nettoyage extrêmement fins afin de préserver à la fois la pierre et sa patine. Ces opérations, souvent réalisées en hauteur et dans des conditions acrobatiques, ont mobilisé des cordistes formés à des techniques proches de celles de la restauration d’œuvres.

Parallèlement aux travaux, plusieurs études structurantes ont été lancées. Le bilan sanitaire global de la cathédrale, actualisé après une dizaine d’années, a permis d’identifier de nouvelles priorités d’intervention. D’autres diagnostics concernent des éléments précis, comme la tourelle sud-est de l’octogone — dont la restauration adoptera une approche plus conservatoire —, les couvertures de l’ancienne chapelle Saint-Michel ou encore les vitraux de la chapelle Sainte-Catherine. Des réflexions sont également engagées sur l’accessibilité, la signalétique et les circulations, notamment dans le contexte de forte fréquentation, comme lors du marché de Noël, qui a conduit à la mise en place d’un sas provisoire pour protéger l’intérieur de l’édifice (notamment les tapisseries de la Vierge et l’horloge astronomique) des variations climatiques.

L’année 2025 a également été marquée par une avancée majeure dans la connaissance de la cathédrale grâce à une campagne de relevés photogrammétriques et lasergrammétriques. Réalisée à l’aide de drones et de scanners, elle permet de produire un modèle 3D d’une très grande précision, capable de restituer non seulement la géométrie, mais aussi les détails de surface, jusqu’aux marques de taille. Cet outil constitue désormais une base essentielle pour les études et les futurs chantiers, tout en étant complété par un travail de dessin manuel, dans la continuité des pratiques traditionnelles.

Enfin, l’importance des actions moins visibles mais indispensables d’entretien et de sécurité a été soulevée. Un exercice incendie de grande ampleur, mobilisant de nombreux pompiers, a permis de tester le plan de sauvegarde des biens culturels, en définissant les priorités d’intervention et les modalités de protection des œuvres. Au quotidien, les équipes veillent à la surveillance de l’édifice, à la prévention des intrusions, à l’entretien régulier et à des interventions ponctuelles, parfois en urgence, comme la sécurisation d’éléments instables. Des dispositifs discrets, tels que des grilles dans les gargouilles, participent également à la bonne gestion des eaux et à la préservation des structures.

L’ensemble de ces actions témoigne d’une approche globale et coordonnée, où se conjuguent savoir-faire traditionnels, innovations techniques et gestion rigoureuse, au service de la conservation durable de la cathédrale.

Fondation de l’Œuvre Notre-Dame

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