Le mercredi 21 janvier, le public est venu en masse au Münsterhof pour y suivre la conférence donnée par Mme Laurence Terrier Aliferis, professeure à l’université de Neuchâtel, sur les statues de l’Église et de la Synagogue. Il faut dire que l’angle d’attaque avait de quoi intriguer : ces deux statues ont été approchées sous leurs rapports avec l’Antiquité.

Disons-le tout de suite : on ne sait rien du maître du bras sud du transept même si des ressemblances troublantes ont été constatées avec le jubé de Chartres, et surtout avec Reims dont la Synagogue accuse un contrapposto aux plis très fins. Toujours est-il que nos deux statues s’inscrivent dans le style antiquisant, transition entre roman et gothique dans les années 1180-1230, ne serait-ce que par les efforts de réalisme dans la représentation des corps qui prennent du volume.
Initié par l’orfèvre Nicolas de Verdun, ce nouveau style a vite fait florès, les artistes s’inspirant de plus en plus des nombreuses œuvres d’art que l’empire romain avait dispersées dans toutes ses provinces. Par rapport à l’art roman, on assiste, et c’est le cas de nos deux statues, à l’apparition de nouvelles formes. Les statues sont maintenant presque toutes en ronde bosse, accusent un déhanchement net, se développent en des formes allongées où l’on travaille au plus près drapés et anatomies et rend avec finesse les traits du visage. Nombre de qualités que l’on retrouve sur le portail sud. Sur l’Église et la Synagogue, le contrapposto est cependant remplacé par le fléchissement dans les genoux, que l’on retrouve dans la statue antique de l’amazone blessée (Rome) qui en plus est dotée de la même torsion que la Synagogue. L’imitation est indéniable.
Il faut dire que les très nombreuses illustrations signalaient à quel point l’art antique influait sur les réalisations artistiques de cette période, la sculpture strasbourgeoise innovant dans la dynamique des postures. Deux exemples valideront l’argumentation de la conférencière. Au pilier des Anges, le Christ juge ressemble étonnamment au Jupiter assis sur son trône, à Cologne. Mais surtout, a été utilisée avec brio une technique moderne. La Venus de Milo a glissé de droite à gauche sur l’écran pour se fondre dans l’Ecclesia au point que le doute n’était plus possible : les proportions du canon antique avaient été respectées et reproduites minutieusement. Régnait alors comme un moment de silence éperdu de grâce admirative. Il y eut mieux. Pour montrer la maîtrise de la sculpture par ces artistes dont on ignore tout, Mme Terrier Aliferis a présenté le tympan de la Dormition de la Vierge. Vu à hauteur d’homme, l’œil s’attache à la femme accroupie, mais regardé d’en dessous ce sont les têtes des apôtres qu’on aperçoit et non plus le personnage féminin. Art de l’illusion qui fait passer au premier plan ce qui semblait au second. On en perd ses repères.
La conférencière a su communiquer son admiration pour cet art antique redivivus qui crée l’illusion de la vie. Et ainsi, d’un bout à l’autre, la conférence fut comme un de ces temps suspendus qui donnent son prix à la vie.
Francis Klakocer
