Un vitrail déconcertant…

A Strasbourg, nous sommes fiers du vitrail de Max Ingrand qui orne le milieu de l’abside.

Mais saviez-vous que nous avons rencontré Max Ingrand lors de notre dernier voyage ?

De fait, Max Ingrand, l’un des maîtres verriers et décorateurs français les plus célèbres et prolifiques du XXe siècle, a décoré en 1957 la magnifique église prieurale Notre-Dame de La Charité-sur-Loire.

Le vitrail présenté ici a une histoire.

Après les destructions de la Seconde Guerre mondiale et au fil des grandes vagues de restauration des monuments historiques dans les années 1950, de nombreux artistes modernes ont été sollicités pour redonner vie aux fenêtres des églises anciennes. À Notre-Dame de La Charité-sur-Loire, Max Ingrand a conçu un ensemble de verrières qui rompaient avec le style purement figuratif d’autrefois pour privilégier un jeu géométrique et lumineux, particulièrement visible dans la nef et le transept.

La prieurale est un chef-d’œuvre de l’art roman clunisien, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. L’architecture d’origine est caractérisée par la sobriété de la pierre calcaire. L’apport des vitraux de Max Ingrand en 1957 a été précisément de transpercer cette austérité romane par une « lumière particulière » : en s’appuyant sur ces motifs aux courbes enveloppantes et ces couleurs chaudes (le rouge et le jaune d’or qui prédominent ici), son travail inonde l’intérieur de l’édifice de reflets vibrants qui dialoguent superbement avec la pierre médiévale.

Le vitrail photographié est une œuvre moderne particulièrement captivante installée dans une ouverture de style roman (reconnaissable à son arche en plein cintre et ses murs en pierres de taille épaisses).

Que retenir de cette œuvre ?

Contrairement aux vitraux traditionnels du Moyen Âge qui racontent des scènes bibliques ou la vie des saints, ce vitrail opte pour une approche purement géométrique et abstraite. Bien que la structure en plomb générale (la grille noire) soit rectiligne et orthogonale, les motifs intérieurs sont faits de courbes entrelacées, de croissants, de formes d’ogives et d’arches qui s’entrecroisent. Cela donne une impression de mouvement fluide, presque floral ou d’inspiration Art Nouveau revisitée de manière moderne.

Il est pourvu d’une symétrie axiale parfaite. La moitié gauche répond exactement à la moitié droite, ce qui apporte un sentiment d’ordre, d’équilibre et de sérénité, très adapté à un lieu de culte ou de méditation. De plus, le motif se répète de manière rythmée en hauteur, créant des sortes de « nœuds » visuels ou de calices stylisés qui se superposent du bas vers le haut. L’ensemble de la verrière est encadré par une frise périphérique composée de petites formes ovales ou en gouttes alternant le rouge et le rose, ce qui délimite joliment l’œuvre par rapport à la pierre.

Ses couleurs sont chaudes et dynamiques car la palette est dominée par des tons très vifs : un rouge éclatant, du rose fuchsia, un jaune d’or lumineux et de l’orange. Ces couleurs chaudes évoquent la lumière, le feu spirituel.

Mais les contrastes sont froids parce que pour équilibrer cette chaleur, l’artiste a inséré des touches de bleu azur, de bleu turquoise et de blanc/gris opalin. Ces inserts captent la lumière extérieure différemment, créant des points de respiration visuelle à l’intérieur du motif dense.

En résumé, ce vitrail  est un excellent exemple de la manière dont l’art du vitrail a été renouvelé au XXe siècle, apportant une explosion de couleurs modernes et de formes dynamiques au sein d’une architecture ancienne et sobre.

Francis Klakocer

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