Musées et églises de Londres ne manquent pas d’horreurs artistiques, comme j’ai pu m’en apercevoir au mois de juillet.

Crucifixion anatomique
Il s’agit d’un moulage du corps de James Leggs, un pensionnaire de Chelsea qui, en 1801, avait abattu l’un de ses collègues à la suite d’une dispute. Bien qu’il fût âgé de plus de soixante-dix ans et souffrît probablement de démence, Leggs fut condamné à être pendu, puis disséqué.
Le corps de Leggs fut récupéré de la potence par trois membres de la Royal Academy, le sculpteur Thomas Bank, les peintres Benjamin West et Richard Cosway. Ils estimaient que la plupart des représentations de la crucifixion dans l’art n’étaient pas anatomiquement exactes. Pour prouver leur point de vue, après l’exécution de Leggs, son cadavre encore chaud fut cloué à une croix afin de reproduire l’effet d’une crucifixion. Une fois la rigidité cadavérique installée, un chirurgien retira la peau et Bank réalisa ce moulage en plâtre qui mesure plus de deux mètres de haut. Il a donné lieu à plusieurs copies qui ont circulé dans les collections publiques et privées au XIXe siècle. On voit de nos jours l’original dans la Royal Academy of the Arts.

Saint Barthélémy
Parmi les apôtres peints dans l’abside de notre cathédrale figure saint Barthélémy, un couteau à la main car il aurait été dépecé. A Londres, dans l’église Saint-Barthélémy-le-Grand, on voit cet apôtre dans une mise en scène plus expressive et macabre, même si la statue est dorée.
Debout, l’apôtre tend son bras droit en l’air d’un geste qui semble imiter un général romain haranguant ses troupes. Il n’en est rien. Le bout de sa main droite tien une lancette et sa main gauche une paire de ciseaux, deux instruments de torture qui ont servi à l’inciser et à l’écorcher vif, avant de finir décapité. Du bras doit tendu il exhibe toute sa défroque charnelle du visage jusqu’au pied, en un geste de martyr vainqueur de la mort et négateur de la souffrance. Si bien que l’on reconnaît distinctement orbites, muscles, côtes, veines et os. Le tout en une horreur macabre qui ne cesse de fasciner, quoi qu’on en ait.
Londres a aussi un musée de la torture si cela vous intéresse…
Francis Klakocer
