Parmi la riche décoration qui pare le mur du chœur, intéressons-nous aujourd’hui aux apôtres situés au-dessus de la corniche circulaire.

Ils y sont répartis en deux groupes de six de part et d’autre d’une croix ornementée de points rouges et d’un triple couronnement à fleur de lys. A son pied s’écoulent comme d’une montagne verdoyante quatre cours d’eau sinueux qui renvoient à la Genèse : Un fleuve sortait d’Eden pour arroser le jardin, et de là il se divisait en quatre bras. Leurs flots quelque peu ondulants sont agrémentés de rinceaux qui s’épanouissent en de belles courbes.
Les noms des apôtres, en latin, figurent verticalement à leurs côtés et l’on remarque que Pierre et Paul sont placés juste à côté de la croix. La présence de ce dernier est quelque peu inattendue puisque n’ayant pas été appelé par le Christ vivant, mais s’explique parce que connu comme un des piliers fondateurs du christianisme, lui-même s’étant d’ailleurs proclamé apôtre des Gentils dans son épitre aux Romains. En fait, il y remplace Nathanaël, absent des synoptiques et mentionné par le seul Evangile selon Jean.
Tous sont nimbés en signe de leur élection à la sainteté et vêtus à l’antique d’une toge blanche rehaussée d’une bande alternativement rouge et bleue. N’étaient leurs noms, il ne serait guère possible d’identifier que Pierre grâce aux deux clés qu’il tient dans ses mains, Jean car imberbe comme le veut la tradition artistique et – mais encore faut-il le savoir – Barthélémy qui tient un couteau dans sa main gauche parce qu’il aurait été écorché. Plusieurs tiennent un rouleau entre leurs mains (le volumen romain), signe de l’Evangile ou de leurs propres écrits, mais pas obligatoirement. La position des mains varie : tantôt reposant sur le corps, tantôt ouvertes comme pour une prière ou une prédication, à l’exemple de Paul dont la main gauche est levée et ouverte, geste de l’orateur s’adressant à son public. Seul Jean a ouvert son rouleau où l’on reconnaît un dessin à tracés géométrique rouges : serait-ce une allusion à la Jérusalem céleste qui doit sa célébrité à l’Apocalypse, œuvre du même Jean ?
Observons un détail qui passe souvent inaperçu car nécessitant des jumelles. Les pieds des apôtres ne sont pas nus, mais chaussés de sandales à fines semelles dont on entrevoit parfois les lacets presque filiformes qui séparent le gros orteil du suivant et noués au cou-de-pied. Les lacets sont bien plus fins que chez les sandales romaines pour donner une impression de légèreté ; parfois la semelle écrase même certains brins d’herbe. Semelle tellement fine qu’on les dirait faire corps avec une belle pelouse verte, où alternent des fleurs élancées alternativement roses ou bleues.
Leur alignement, leur position frontale et leur immobilité rappellent que l’auteur des peintures, Steinle, s’est inspiré d’un hiératisme historicisant alors à la mode, qui s’oppose aux anges voletants au-dessus d’eux en un contraste où chaque groupe met l’autre en relief.
Francis Klakocer
Ill. : Bernard Migault
